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Qu'est-ce qu'un couple de sonneurs ?

Couple de sonneurs — duo biniou-bombarde, pilier de la musique bretonne. Histoire, instruments, technique penn ha penn et prestations.

6 min de lecture · Mis à jour le 07 April 2026 ·Niveau débutant
Définition rapide

Un couple de sonneurs est un duo de musiciens traditionnels bretons composé d'un joueur de biniou kozh (petite cornemuse bretonne) et d'un joueur de bombarde (instrument à anche double). Ils alternent les phrases musicales selon la technique du « penn ha penn » (tête à tête), créant le dialogue sonore caractéristique de la musique traditionnelle de Bretagne.

Définition d'un couple de sonneurs

Un couple de sonneurs est un duo de musiciens traditionnels bretons composé d'un joueur de biniou (petite cornemuse bretonne) et d'un joueur de bombarde. Cette formation ancestrale constitue l'essence même de la musique traditionnelle de Bretagne.

Le terme « sonneur » désigne traditionnellement tout musicien qui « sonne » un instrument à vent. Le couple de sonneurs représente la plus ancienne et la plus authentique des formations musicales bretonnes, perpétuant un art qui remonte à plusieurs siècles.

Les instruments du couple de sonneurs

Le biniou

Le biniou kozh (littéralement « vieux biniou ») est la petite cornemuse traditionnelle bretonne. Accordé une octave au-dessus de la bombarde, il produit un son aigu et perçant. Sa tessiture couvre environ une octave. Le bourdon (levriad) fournit une note basse continue qui soutient la mélodie.

À ne pas confondre avec le biniou braz (grande cornemuse), introduit au XIXᵉ siècle sur le modèle de la cornemuse écossaise. Certains couples modernes utilisent le biniou braz en remplacement du biniou kozh.

  • Accordé une octave au-dessus de la bombarde
  • Tessiture d'environ une octave
  • Bourdon continu soutenant la mélodie
  • Accordé généralement en si bémol

La bombarde

La bombarde est un instrument à vent à perce conique et anche double, de la famille du hautbois. Taillée traditionnellement en buis ou en ébène, elle produit un son puissant et cuivré qui porte loin en plein air. Jouer de la bombarde exige un effort de souffle considérable, ce qui impose au sonneur de bombarde de jouer en alternance avec le biniou.

  • Perce conique, anche double
  • Son puissant, audible en plein air
  • Fabriquée en buis ou en ébène
  • Requiert un souffle considérable

Penn ha penn : le dialogue musical

La technique du penn ha penn (littéralement « tête à tête » en breton) est le principe fondamental du jeu en couple de sonneurs. Les deux musiciens alternent les phrases musicales : pendant que le sonneur de bombarde joue une phrase mélodique, le sonneur de biniou se repose, et inversement.

Cette alternance n'est pas un simple choix artistique : elle est dictée par l'effort physique. La bombarde exige un souffle si intense que le musicien ne peut jouer en continu. Le biniou, alimenté par une poche de réserve d'air, peut maintenir le son plus longtemps et assure la continuité musicale pendant les reprises de souffle du bombardier.

Ce dialogue crée le motif caractéristique de question-réponse (ou appel-réponse) propre à la musique bretonne traditionnelle. Chaque sonneur complète la phrase de l'autre, formant un tout indissociable. La qualité d'un couple se juge notamment à la fluidité de ces transitions et à la complicité musicale entre les deux sonneurs.

Histoire et tradition

Premières traces (XVIIᵉ siècle)

Le duo biniou-bombarde est attesté au moins depuis le XVIIᵉ siècle en Bretagne. Le Père Julien Maunoir, missionnaire jésuite, mentionne dès 1659 la présence de sonneurs lors des pardons et missions religieuses. Contrairement à une idée reçue, aucune source fiable ne permet de faire remonter cette formation au Moyen Âge.

Âge d'or (XVIIIᵉ-XIXᵉ siècle)

Chaque paroisse avait son couple de sonneurs attitré. Ils étaient indispensables lors des noces (où ils jouaient parfois plusieurs jours), des pardons religieux et des fest-noz (fêtes de battage communautaires). Le sonneur jouissait d'un statut respecté dans la société bretonne rurale : il était à la fois musicien, animateur et gardien des traditions orales de sa communauté.

Déclin (début du XXᵉ siècle)

L'arrivée de l'accordéon et des instruments « modernes » concurrence fortement les sonneurs traditionnels à partir de la fin du XIXᵉ siècle. La Première Guerre mondiale porte un coup sévère : de nombreux sonneurs sont tués au front, et ceux qui reviennent trouvent un monde rural en mutation. La pratique décline fortement dans l'entre-deux-guerres.

Renouveau (années 1950 à aujourd'hui)

Dès les années 1950, Polig Monjarret et la Bodadeg ar Sonerion (BAS) encouragent la pratique individuelle des sonneurs parallèlement à la création des bagadoù. Le « concours des sonneurs » relance l'émulation entre couples. L'association Dastum entreprend un vaste travail de collectage, enregistrant les derniers maîtres sonneurs pour préserver leur répertoire. Aujourd'hui, des centaines de couples de sonneurs sont en activité en Bretagne.

Le répertoire musical

Airs à danser

An dro, gavotte, hanter dro — airs traditionnels pour accompagner les danses bretonnes lors des fest-noz et festivités.

Marches

Marches de procession — airs solennels accompagnant les pardons, cérémonies religieuses et défilés traditionnels.

Chants populaires

Gwerzioù, soniou — mélodies des chants populaires bretons adaptées pour les instruments traditionnels.

Apprentissage et transmission

Transmission orale

Traditionnellement, l'apprentissage se faisait de maître à élève, sans partition. Cette transmission orale permet de conserver l'authenticité et les subtilités de l'interprétation : apprentissage par l'écoute, répétition et mémorisation, relation maître-élève.

Formation moderne

Aujourd'hui, l'enseignement s'enrichit d'outils modernes tout en préservant l'esprit traditionnel. Écoles de musique bretonne, stages et masterclasses, rencontres de sonneurs perpétuent cet art.

Les prestations des couples de sonneurs

Évènements traditionnels

  • Fest-noz et soirées dansantes
  • Pardons et processions
  • Festivals de musique bretonne
  • Spectacles authentiques

Évènements privés

  • Mariages bretons
  • Anniversaires et célébrations
  • Accueil de personnalités
  • Animations culturelles

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un biniou et une cornemuse ?

Le biniou est la petite cornemuse traditionnelle bretonne, plus petite et plus aiguë que la cornemuse écossaise. Il est spécifiquement adapté à la musique bretonne et se marie parfaitement avec la bombarde.

Peut-on faire danser avec un couple de sonneurs ?

Absolument. C'est même leur vocation première. Les couples de sonneurs sont parfaits pour animer des fest-noz intimistes et faire découvrir les danses bretonnes traditionnelles.

Combien de temps peut jouer un couple de sonneurs ?

Un couple de sonneurs peut généralement jouer par sets de 45 minutes à 1 heure, avec des pauses entre chaque set. La durée totale peut s'adapter selon vos besoins, de 2 à 6 heures.

Quel est le tarif d'un couple de sonneurs ?

Les tarifs varient selon l'expérience des musiciens, la durée et le type d'évènement. Comptez généralement entre 300 € et 800 € pour une prestation complète.

Sources et références

  • Bodadeg ar Sonerion (BAS) — assemblée des sonneurs de Bretagne, fondée en 1943. Organise chaque année les concours de couples de sonneurs et contribue à la transmission de la pratique.
  • Dastum — association de collectage et d'archivage du patrimoine oral de Bretagne. Conserve des centaines d'enregistrements de maîtres sonneurs.
  • Maunoir, Julien (1659) — mentions documentées de sonneurs lors des missions religieuses en Bretagne, parmi les premières traces écrites du duo biniou-bombarde.
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